BIEN-ÊTRE AU FÉMININ
C’est vous en mieux.
Beauté · soins · bien-être

Journée nationale des aidants : si les aidants craquent, tout craque

Le 6 octobre, la Journée nationale des aidants remet en lumière une réalité qui concerne des millions de familles. Derrière le mot « aidant », il y a un conjoint qui accompagne, une fille qui organise les rendez-vous de sa mère, des parents qui soutiennent leur enfant en situation de handicap, un frère ou une sœur qui s'inquiète pour l'avenir, parfois même un enfant ou un adolescent qui prend déjà sa part dans le quotidien familial.

♥   Un chiffre à retenir

Selon la DREES, 9,3 millions de personnes déclaraient en 2021 apporter régulièrement une aide à un proche en situation de handicap ou de perte d'autonomie : 8,8 millions d'adultes et environ 500 000 mineurs. Parmi les adultes, cela représente environ une personne sur six.

Ces chiffres disent l'ampleur du phénomène, mais assez peu de ce qu'il représente dans une vie. On ne devient pas nécessairement aidant après une décision clairement identifiée. Le changement est souvent progressif. Un parent vieillit, une maladie apparaît, un handicap impose de nouvelles contraintes, une autonomie jusque-là acquise diminue. On commence par rendre un service, puis par en rendre davantage. Peu à peu, une partie de l'organisation familiale se construit autour des besoins de la personne accompagnée.

L'aide peut prendre mille formes : préparer un repas, accompagner à une consultation, gérer des démarches administratives, assurer des déplacements, surveiller un traitement, rassurer après une nuit difficile ou simplement rester disponible parce que l'on sait qu'un problème peut survenir. Une grande partie de ce travail reste invisible. Il ne figure ni sur une fiche de poste ni sur un emploi du temps, mais il prend du temps, de l'énergie et beaucoup de place dans les pensées.

On aide d'abord parce qu'il s'agit de quelqu'un que l'on aime

C'est sans doute ce qui rend le sujet si délicat. Pour beaucoup, l'aide n'est pas vécue au départ comme une mission : elle découle naturellement du lien avec un enfant, un conjoint, un parent, un frère ou une sœur.

Mais l'affection ne supprime ni la fatigue ni les contraintes. On peut aimer profondément quelqu'un et avoir besoin de souffler. On peut vouloir l'accompagner et ne plus parvenir à tout assumer. On peut aussi ressentir, parfois dans la même journée, de la tendresse, de la colère, de la culpabilité, de l'inquiétude ou de la lassitude. Ces sentiments racontent simplement la complexité de l'aidance.

◷   Le répit n'est pas un abandon

Quelques heures de relais, une aide professionnelle, un accueil temporaire ou simplement du temps pour prendre soin de sa propre santé peuvent permettre de préserver la relation avec la personne accompagnée. Le répit n'a de sens que s'il redonne aussi à l'aidant une part de sa propre vie.

Quand l'autonomie diminue, toute la famille se réorganise

La maladie, le handicap ou la perte d'autonomie ne concernent jamais uniquement la personne qui en fait directement l'expérience. Les horaires changent, les projets doivent parfois être adaptés, les vacances deviennent plus compliquées à organiser et les urgences s'invitent dans le quotidien.

Les couples peuvent être mis à l'épreuve. Les parents avancent avec leurs inquiétudes. Les enfants perçoivent ce qui se joue, même lorsqu'on essaie de les protéger. Chacun tente de trouver sa place avec ses propres ressources. Soutenir une personne fragile sans regarder ce qui se passe autour d'elle revient donc à ignorer une partie importante de la situation.

La fratrie : aimer sans avoir à tout porter

Lorsqu'un enfant est malade ou en situation de handicap, ses frères et sœurs grandissent eux aussi dans une réalité particulière. Ils peuvent développer une grande maturité, une attention aux autres et une relation très forte avec leur frère ou leur sœur. Mais ils peuvent également avoir le sentiment qu'ils doivent être plus autonomes, ne pas ajouter de difficultés ou protéger leurs parents.

Il peut y avoir de la complicité et de la fierté, mais aussi de la colère, de la jalousie, de la peur ou de la culpabilité. Il est essentiel que ces émotions puissent être dites sans jugement.

○   Une place à préserver

Un frère ou une sœur ne devrait pas être considéré d'avance comme le futur aidant. Il doit pouvoir rester un frère ou une sœur, construire sa propre vie et choisir la place qu'il souhaite prendre. Aider peut être un choix affectif ; cela ne devrait pas devenir un destin familial imposé.

Avec le temps surgit souvent une question difficile : que se passera-t-il lorsque les parents ne pourront plus accompagner leur enfant devenu adulte ? Cette inquiétude mérite d'être anticipée avec la personne concernée, la famille et les professionnels, plutôt que d'être silencieusement transférée à la fratrie.

Les aidants sont indispensables. Cela ne signifie pas qu'ils doivent tout faire.

Les proches aidants occupent une place considérable dans l'accompagnement des personnes malades, handicapées ou âgées. Ils connaissent les habitudes de leur proche, repèrent parfois très rapidement un changement et assurent une continuité entre le domicile, les établissements, les services sociaux et les professionnels de santé.

Cette connaissance doit être reconnue et entendue. Elle ne peut cependant pas justifier que les familles se substituent aux professionnels ou compensent indéfiniment l'absence de solutions. L'Association Française des Aidants rappelle justement qu'un proche aidant n'est pas un professionnel de substitution.

« Reconnaître un aidant ne consiste pas à lui demander d'en faire davantage. C'est aussi chercher ce qui pourrait lui être retiré des épaules. »

La santé de l'aidant compte, elle aussi

Parler uniquement « d'épuisement des aidants » peut donner l'impression qu'il faudrait attendre d'être au bord de la rupture pour intervenir. La question se pose bien avant. Comment dort la personne ? Peut-elle continuer à voir ses amis ? Reporte-t-elle ses propres rendez-vous médicaux ? Dispose-t-elle encore de moments où elle n'est ni en alerte ni responsable de quelqu'un ?

La fatigue physique ou morale doit être considérée suffisamment tôt. Préserver la santé des aidants, ce n'est pas seulement intervenir lorsqu'ils n'en peuvent plus. C'est éviter qu'ils arrivent à ce point.

!   Quelques signaux à ne pas banaliser
  • une fatigue qui ne disparaît plus réellement avec le repos ;
  • un sommeil durablement perturbé ;
  • l'abandon progressif de ses activités ou de ses relations sociales ;
  • des problèmes de santé que l'on repousse faute de temps ;
  • le sentiment d'être seul face aux décisions et aux responsabilités ;
  • l'impression de ne plus pouvoir s'absenter, même quelques heures.

Écouter les aidants, vraiment

Les proches disposent souvent d'une connaissance très fine de la personne qu'ils accompagnent. Cette expérience ne remplace pas celle du médecin, de l'infirmier, de l'éducateur ou de l'assistant social. Elle apporte autre chose : la connaissance du quotidien.

Les associer aux échanges lorsque la personne aidée le souhaite, entendre leurs observations et leur demander ce qu'ils sont réellement capables d'assumer peut éviter bien des incompréhensions. Et une question toute simple devrait trouver davantage de place dans les rendez-vous : « Et vous, comment allez-vous ? »

Les entreprises ont aussi leur part à prendre

L'aidance ne disparaît pas pendant les heures de travail. Un salarié peut commencer sa journée après avoir aidé un parent à se lever, accompagné un enfant à un établissement ou passé une partie de la nuit auprès d'un conjoint malade. Il peut aussi recevoir dans la journée un appel qui bouleverse tout ce qui était prévu.

La première réponse de l'entreprise n'a pas besoin d'être spectaculaire. Elle tient souvent à la qualité du management : permettre de parler de sa situation sans craindre d'être jugé, connaître les droits existants, rechercher des aménagements lorsqu'ils sont possibles et éviter de confondre une contrainte familiale lourde avec un manque d'implication professionnelle.

ⓘ   À savoir

Le droit français prévoit notamment le congé de proche aidant ainsi que, sous certaines conditions, l'allocation journalière du proche aidant (AJPA). Des possibilités d'aménagement ou de fractionnement existent également dans certaines situations. Les conditions doivent être vérifiées auprès des organismes compétents au moment de la demande.

Pour l'entreprise aussi, le sujet est concret. Ignorer une situation jusqu'à ce que le salarié soit épuisé ou contraint de s'arrêter n'est satisfaisant pour personne. Le dialogue, l'anticipation et un peu de souplesse peuvent parfois éviter qu'une difficulté familiale devienne également une crise professionnelle.

Si les aidants craquent, tout craque

La formule est volontairement forte. Elle traduit pourtant une réalité que l'on préfère parfois ne pas regarder. Lorsqu'un proche aidant s'épuise ou n'est plus en mesure d'assurer ce qu'il assumait jusque-là, tout l'équilibre construit autour de la personne accompagnée peut se fragiliser.

La famille doit se réorganiser, les frères et sœurs peuvent être davantage sollicités, le maintien à domicile peut devenir plus difficile et les professionnels doivent parfois intervenir dans l'urgence.

Ce constat ne signifie surtout pas que les aidants auraient la responsabilité de « tenir » le système. Il montre au contraire pourquoi il faut les écouter, les considérer et leur offrir des relais avant d'arriver au point de rupture.

Journée nationale des aidants 2026
Tous aidants ! Tous concernés. Faisons équipe.

Le thème choisi en 2026 rappelle une évidence : aucune personne ne devrait porter seule ce qui relève aussi de la famille, des professionnels, des institutions, des entreprises et, plus largement, de la société.

Considérer, accompagner, soulager

Reconnaître les aidants ne consiste pas seulement à célébrer leur courage une fois par an. C'est rendre les aides plus accessibles, développer les solutions de répit, faciliter les démarches, mieux associer les familles aux décisions et permettre à chacun de conserver une vie en dehors de son rôle d'aidant.

C'est aussi regarder les proches qui restent plus facilement dans l'ombre : le conjoint qui ne se plaint jamais, le père ou la mère qui a organisé une grande partie de sa vie autour du handicap de son enfant, le frère ou la sœur qui pense déjà à l'avenir, le jeune aidant qui grandit avec des responsabilités inhabituelles.

Et leur permettre, autant que possible, de redevenir simplement ce qu'ils sont avant tout : un conjoint, un parent, un enfant, un frère, une sœur, un ami. Une personne qui accompagne quelqu'un qu'elle aime, mais qui a elle aussi le droit d'être accompagnée.

Prendre soin des personnes fragiles suppose aussi de prendre soin de celles et ceux qui les accompagnent.

Pour aller plus loin

Sources : DREES ; ministère chargé des Solidarités et du Handicap ; Association Française des Aidants ; Collectif Je t'Aide ; Service-Public.fr ; Fédération Nationale des Aidants et Accueillants Familiaux.